Kulturerbe für alle/Patrimoine pour tous/Patrimonio per tutti

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Par Renate Albrecher

Le « patrimoine immatériel » – qu’est-ce que c’est pour vous ? Vous en connaissez fort probablement la définition officielle. Vous connaissez sans doute également la liste du patrimoine immatériel de Suisse, avec actuellement env. 200 traditions vivantes inscrites. Et si tel est le cas, vous l’avez probablement déjà parcourue, en décomptant comme moi combien de ces traditions vivantes se sont inscrites au moins une fois dans votre vie. Ce faisant, je m’attendais à ce que mon taux de ces traditions déjà vécues corresponde à mon sentiment de « swissness ». Quelle déception ! Pourtant, j’ai le plaisir d’avoir passé maintenant presque un quart de ma vie en Suisse, j’y suis bien intégrée et m’intéresse à son patrimoine culturel, à ses habitants, à son organisation et à son fonctionnement. Qu’est-ce qui me permet donc de me sentir ici en Suisse « chez moi » et plus « chez eux », comme à mon arrivée ? Quel rôle joue le patrimoine immatériel quand on change de lieu de vie ?

Ayant vécu dans plusieurs pays, j’ai constaté que son propre positionnement dans une société est fortement influencé par l’accès qu’on a à une certaine « mémoire collective ». Cela détermine en effet le degré avec lequel on se sent être partie prenante d’un groupe, d’une société, d’une commune, d’un canton et d’un pays.

Tous les pays, cantons, sociétés ont leur propre appréhension du temps, avec d’autres interprétations des cycles et des fêtes de l’année. Même s’ils sont issus d’une même source, ils sont différemment vécus, nous imprègnent d’une autre mémoire collective. Ce sont ces traditions, ces fêtes et leurs interprétations et mythes qui nous guident le long de l’année et dans l’appropriation de notre espace de vie. Elles créent les petits plaisirs du quotidien et définissent les temps forts du calendrier et de nos existences. On s’oriente par rapport à elles et on s’y réfère – dans ses décisions et plannings, ses expressions, ses références culturelles et même dans son humour.

Un Matin de Pâques en Valais                                   Un sentier de randonnée près d'une bisse

     

Images: Renate Albrecher

C’est lorsque l’on ne peut pas partager des références à son propre patrimoine culturel avec son entourage que l’on commence à saisir l’importance de cette mémoire collective. Dans mon expérience, des « dates marquantes » du calendrier passaient – sans que les coutumes sociales correspondantes soient pratiquées. Pas de « Sternsinger » le 6 janvier, pas de rando publique le 26 octobre, plus de ces chants paisibles et harmonieux de ma patrie, qui illuminaient les courtes journées et longues nuits du temps de l’Avent, ni de Christkind qui aurait dû apporter le sapin décoré dans la soirée du 24 décembre – et pas avant.

Les allusions, les sous-entendus qui me brûlaient les lèvres – combien de fois ai-je dû les garder pour moi, car ils auraient impliqué la conscience du même cadre culturel – livres, chants, personnages, monuments, événements, etc. Sans connaissances partagées, ils perdent leur signification profonde.

Quand on ne peut plus partager ses traditions et interprétations avec autrui, un grand vide, un vacuum s’installe. On se sent seul, exclu, fragile. C’est dans son absence que la signification du patrimoine culturel se dévoile violemment à l’individu.

Mais, avec le temps et grâce au patrimoine culturel des pays habités, d’autres moments forts se sont inscrits dans ma vie. Comme ici, en Suisse, se rassembler dans sa commune en plein été pendant les vacances, allumer un feu et chanter ensemble. La première année, c’était excitant pour la sociologue en moi, mais encore sans résonance émotionnelle, sans accès à cette mémoire collective liée au 1er août. Par contre, j’ai fortement ressenti ceci : ceux qui connaissent, ceux qui savent, ils y célèbrent leur groupe, leurs convergences, leur devenir et leur être – consciemment ou pas.

Après plusieurs « Cantiques » et « Hymnes nationaux », partagés avec des amis, voisins, visages connus, cela commençait aussi à toucher une corde en moi. L’apéro et le verre de l’amitié, la soirée fondue ou raclette suivie d’une partie de jass sont devenus des temps forts d’amitié et de partage. Ils illuminent ainsi même la phase de l’année où la course du soleil laisse place à plus d’obscurité – tout comme cette belle tradition des « Fenêtres de l’Avent ».

    

Images: Wikimedia Commons                                  Wikimedia Commons

Le patrimoine culturel immatériel – c’est donc plus qu’une liste, plus que des mots pour moi. C’est ce qui nous permet de nous comprendre et de nous connecter avec autrui à travers le temps et l’espace. Ce patrimoine culturel, il s’exprime en points d’orientation durables, qui offrent l’occasion d’y revenir : soit dans le calendrier, soit sur la carte géographique. Il nous donne accès à une mémoire partagée, qui nous connecte aussi avec ceux qui étaient avant nous et ceux qui viendront après nous.

Ce patrimoine culturel, il laisse des traces dans nos vies, il crée même des liens à l’intérieur de notre propre biographie : revisiter un lieu particulier, réécouter et rechanter la même pièce musicale – cela fait ressurgir les souvenirs de la dernière fois, et ceux d’avant, etc. Cela nous permet de redécouvrir le connu avec un regard évolué. En vivant ces moments, nous partageons tous cette expérience forte de la présence du passé en parallèle avec l’évolution permanente. Cela est aussi rassurant, de ne pas vivre seul cette ambivalence.

C’est donc dans ces moments et émotions marquants, en ces « lieux » particuliers, que les souvenirs individuels et la mémoire d’un peuple s’attachent, perdurent et continuent à s’écrire. C’est dans ces moments et endroits que l’on peut rencontrer l’histoire d’un pays, son peuple, sa fierté, ses blessures et ses forces. C’est le partage de ces lieux et de ces moments qui nous permet d’apprendre à parler le « swiss ».

Plus belle la Suisse

Veröffentlicht von Patrimoine pour tous vor 1 Monat

Par Oliver Martin

Qui traverse aujourd’hui la Suisse, nos paysages, villes et villages, ne peut ignorer une tendance inquiétante : la qualité de ces espaces est mise à l’épreuve. Tandis que les centres des villes et villages historiques et d’autres sites du patrimoine culturel sont en grande partie encore protégés – autrement dit là où les biens culturels ont pu éviter le pire – et alors que des exemples remarquables d’architecture contemporaine et d’ouvrages de génie civil voient le jour, nous assistons à une banalisation du bâti.

La Suisse du quotidien est de plus en plus marquée par un étalement urbain sans ambition. De nombreux sites de notre patrimoine historique et culturel sont noyés dans des espaces marqués par des infrastructures, des successions de centres commerciaux, des zones industrielles et des périphéries certes planifiées mais insuffisamment aménagées, ou alors situées dans des aires résidentielles sans grande prétention formelle. La population se rend compte de ce malaise ; toutes les dernières votations en sont la preuve. Il y a dès lors l’urgence d’une action commune afin d’améliorer notre environnement bâti !

   

Photos: Nicolas Savary 2004

Dans ce débat, la culture a été reléguée à l’arrière-plan. Et cette situation a des conséquences sociales négatives, car l’environnement bâti influence profondément le bien-être et la qualité de vie des habitants : il joue un rôle décisif dans les interactions et la cohésion sociales, la créativité et l’identification au lieu. C’est pourquoi bâtir fait partie de la culture, bâtir ouvre un espace pour la culture. C’est pourquoi aussi, et tout particulièrement en cette période de changements planétaires rapides, le développement et l’évaluation de l’environnement bâti doivent être au centre des préoccupations. Il est grand temps d’exiger une politique de la culture du bâti de qualité.

Qu’entend-on par culture du bâti? Tout ce que nous construisons et tous nos processus de planification expriment notre culture du bâti. Même le grand centre commercial au milieu d’un paysage préservé : Comment est-il arrivé là ? L’organisation du tissu bâti, les rapports qu’un objet entretient avec son environnement bâti et naturel, la cohérence spatiale, les questions d’échelle et de matérialité, tous ces facteurs ont des répercussions directes sur la qualité de notre espace de vie. Une culture du bâti de qualité s’exprime donc à travers une conception réfléchie et concertée de toutes les activités de construction et d’aménagement du paysage.

Certes, la loi fédérale sur l’aménagement du territoire révisée stipule un développement de qualité pour tout le pays. Mais la qualité est exigeante et fatigante. Elle nécessite des compétences et de l’expertise, du travail et du temps. Elle est le résultat de réflexions, de débats, de participations publiques. Elle veut le bien commun. Elle est l’ennemi du profit individuel rapide, qui obéit uniquement aux ordres économiques et techniques. Les enjeux politiques, souvent locaux, font le reste.

   

Photos: Mathieu Gafsou 2012

Une des préoccupations actuelles est la densification des villes et des villages. Bien naïf celui qui croit qu’elle représente une opération facile. Et bien sournois celui qui y voit une opportunité idéale de faire croître les rendements immobiliers par davantage de développement dans les zones centrales. Enfin, bien crédule celui qui prône la réduction des règles normatives de protection, pour gagner plus de marge de manœuvre en visant une meilleure qualité de nos espaces. Car, lorsque l’espace devient moindre, la complexité augmente forcément. Trouver la bonne solution devient plus exigeant, et nécessite davantage, et non moins d’expertise. Évidemment, construire a un coût et doit aussi être rentable ; l’énergie doit être rigoureusement économisée ; la mobilité représente un aspect important, et les choix et les libertés individuels sont à protéger ; et enfin la protection de l’environnement, des eaux, les mesures contre le bruit sont aussi à prendre en compte. Ne cherchons pas à réduire cette  complexité au détriment de la qualité de l’espace et de notre qualité de vie, mais travaillons davantage, ensemble, pour faire mieux.

Une telle manière de planifier et de construire se nomme une culture du bâti de qualité. Elle favorise des quartiers diversifiés et dynamiques pour le bien-être des habitants, protège le patrimoine, crée et transforme avec réflexion, préserve l’environnement et est créatrice de valeur économique. Avec la Déclaration de Davos 2018, les Ministres européens de la culture se sont engagés au niveau international. En Suisse, le débat est lancé. Participez !

Source: bak.admin.ch

Par Olga K.

La place de l’art et de la culture dans la vie d’une société est difficile à surestimer. Réflexion artistique de la réalité, ils exercent une forte influence sur les citoyens et le développement de leur personnalité, c’est-à-dire sur leurs pensées et émotions ainsi que sur leur moralité et les grands principes de leur vie.

Une œuvre d’art incarne les idées et les émotions de son auteur. Intentionnels ou non, ces pensées et sentiments sont transmis aux spectateurs qui l’observe. Si une œuvre d’art irradie l’amour et la gentillesse, l’observateur le ressentira et sera nourri de ces émotions. Inversement, il n’est pas rare de ressentir les émotions négatives suscitées par une œuvre emplie de rage et de haine et de s’en sentir diminué.

Par héritage culturel s’entend tout ce qui est considéré suffisamment important pour être transmis par la génération précédente, conservé dans le présent et légué aux futures générations pour qu’elles en bénéficient et s’en enrichissent. 

Les futures générations… Imaginons ce que nos enfants percevront être un héritage culturel dans 30, 40 ou 50 ans. Que savent-ils de l’héritage culturel actuel ? Qu’en garderont-ils ? Qu’hériteront-ils de suffisamment précieux pour le conserver et le transmettre à la génération suivante ?

Les enfants sont notre avenir. Je crois que la seule manière de transmettre quelque chose est de leur enseigner à connaître et à admirer ce quelque chose. Tout s’accélère de nos jours dans notre société et il arrive souvent que les parents n’aient tout simplement pas le temps d’inculquer à leurs enfants ce qu’est la culture (en se rendant au musée, au concert, etc.) tant les activités scolaires et sportives emplissent les horaires de leurs enfants. 

Or, nous pouvons imprégner leur quotidien de culture sous une forme banale et usuelle comme, par exemple, une série de timbres, calendriers, boîtes d’allumettes sur les traditions suisses, photos retraçant les biens du patrimoine culturel comme des peintures, sculptures et bâtiments dotés d’ornements architecturaux, le tout accompagné de brèves descriptions.  

Essayons de regarder le monde à travers les yeux de nos enfants. Qu’y verrions-nous ?

Par Julien Vuilleumier et Stefan Koslowski

La Convention de l’UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel a un impact puissant en raison de l’ouverture laissée par ses dispositions. Par la nécessité d’interpréter et de mettre en œuvre celles-ci pour promouvoir la participation, elle déploie son potentiel culturel et social. Les discussions sur la notion de patrimoine culturel immatériel, sur la façon de valoriser des pratiques culturelles dans le patrimoine culturel immatériel et sur les interactions entre patrimoine culturel immatériel, matériel et numérique offrent la possibilité de dépasser les représentations traditionnelles de la culture et d’aiguiser notre propre sens et perception des pratiques culturelles.

Le jardinage urbain fait partie de la liste des Traditions vivantes en Suisse depuis son actualisation à l’été 2017. (Ringier Dokumentation, Photo : Sobli / Sigi Maurer)

La Convention de l’UNESCO pose par ailleurs la question de savoir ce qui nous paraît important aujourd’hui et ce qui le sera demain. Elle provoque une discussion sur nos valeurs. Elle attire également notre attention sur un autre aspect : l’article 15 prévoit que chaque Etat s’efforce d’assurer la plus large participation possible des communautés, des groupes et, le cas échéant, des individus qui créent, entretiennent et transmettent ce patrimoine. Il s’agit donc de favoriser la perception des différents acteurs impliqués dans la valorisation du patrimoine culturel immatériel. «Vivre» le patrimoine culturel immatériel signifie donc partager, participer, prendre part, être partie prenante et faire partie de.

Le point le plus important de la mise en œuvre de la convention est l’établissement et la mise à jour périodique d’un inventaire du patrimoine culturel immatériel. L’objectif est d’encourager la reconnaissance, la valorisation et la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. En 2012, l’Office fédéral de la culture (OFC) a publié un premier inventaire comportant 165 entrées sous le titre «Liste des traditions vivantes en Suisse». L’expression «traditions vivantes» accentue la continuité recherchée entre le passé, le présent et le futur, le continuum des processus de changements et les possibilités de transformation de la culture.

La «Liste des traditions vivantes en Suisse» est élaborée conjointement par la Confédération, les cantons et des experts. Elle ne doit être considérée ni comme le résultat définitif d’un travail scientifique précis ni comme une mesure des pouvoirs publics. Elle ne fait que rendre compte de l’état des discussions sur la perception et l’évaluation des traditions vivantes dans la société. La mise à jour de la liste durant l’été 2017 a donné l’occasion de contrôler et, le cas échéant, d’adapter les entrées existantes. Pour les nouvelles inscriptions, l’accent a été mis sur les traditions vivantes dans le contexte urbain. Exemples: les coopératives d’habitation, la culture techno, le jardinage urbain de Zurich, l’autogestion du centre autonome de jeunesse de Bienne (CAJ), les Courses bernoises de caisses à savon, la Revue genevoise, les Sculptures et constructions en neige de La Chaux-de-Fonds ou la culture des festivals en plein air présente dans toute la Suisse. La liste actualisée comprend désormais 199 entrées. Elle tient compte également de propositions de la population. Des spécialistes mandatés par les instances cantonales en charge de la culture sont en train de préparer la documentation relative aux traditions vivantes. En été 2018, la liste réactualisée sera publiée sous la forme d’un inventaire en ligne étayé par une vaste documentation.

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